Anonyme, Le quartier Beaubourg (Titre factice). Carton, typographie. Phototypie. Impression en couleurs. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

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Pierre Lamalattie

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Le prix Marcel Duchamp, acmé de l’académisme contemporain

Le fameux prix Marcel Duchamp fête ses vingt ans. En réalité, la crise du Covid a un peu décalé la célébration puisque sa première édition date de 2001/2002. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur ce prix et sur l’association pour la diffusion internationale de l’art français (Adiaf) qui le porte.

Anonyme, Le quartier Beaubourg (Titre factice). Carton, typographie. Phototypie. Impression en couleurs. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

L’Adiaf naît en 1994, principalement à l’initiative d’un grand collectionneur, Gilles Fuchs (né en 1931), ancien patron de Nina Ricci, ainsi que de Daniel Templon (né en 1945), galeriste, et de Catherine Millet (née en 1948), fondatrice du magazine Artpress. Alors que New York est désormais l’épicentre de l’art contemporain, l’objectif est pour eux de « raviver l’élan de la scène française au travers des collectionneurs ». À présent, environ 300 collectionneurs sont adhérents de l’Adiaf*.

Au départ, nombre de ces amis des arts ont une sensibilité assez éloignée des standards de l’art contemporain. Ainsi, Michel Poitevin, l’un des fers de lance de l’association, confesse-t-il avoir commencé par Bernard Buffet. Cependant, l’Adiaf, par des programmes de conférences, des visites d’ateliers et des voyages dans les foires internationales, veille à faire évoluer le goût de ses membres. L’agenda ne comporte pas moins de 60 propositions par an. Selon Gilles Fuchs, l’Adiaf « transforme ses adhérents en nouveaux prophètes de l’art ».

Au bout de quelques années de fonctionnement s’impose pour l’Adiaf l’idée d’un prix qui serait l’homologue en France du prix Turner en Grande-Bretagne. Ce sera le prix Marcel Duchamp*. En réalité, c’est plus qu’un simple prix puisque les quatre finalistes sont médiatisés et qu’un cortège d’événements et d’expositions en France et à l’international contribuent à la promotion des heureux lauréats.

Assez vite, les têtes pensantes du centre Beaubourg s’invitent dans l’aventure et se rendent indispensables. Ils font profiter le prix Marcel Duchamp de leurs infrastructures et espaces d’exposition. Ils participent aux jurys. Ils infusent dans l’association leurs conceptions en matière d’art contemporain.

Anonyme, Le quartier Beaubourg (Titre factice). Carton, typographie. Phototypie. Impression en couleurs. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Une intéressante exposition au Frac Grand large** (Dunkerque) est la triennale « De leur temps ». Il s’agit de la présentation d’un choix d’acquisitions de membres de l’Adiaf intervenues durant les trois dernières années. L’accrochage est évidemment très éclectique. Cependant, pour simplifier, on pourrait dire que deux pôles se dégagent. Le premier, plus représenté, comporte des propositions, parfois rudes, en rapport avec des thèmes dans l’air du temps, tels que féminisme, écologie, décolonialisme, etc. Le second pôle concerne des œuvres où l’autonomie d’une dimension artistique est plus affirmée. On y trouve des peintres telles que Françoise Pétrovitch ou Claire Tabouret.

Cette prédominance des œuvres les plus engagées, qualifiées de « sociologiques », reflète-t-elle le choix dominant des collectionneurs ? Il semble que non. Ce sont plutôt les curateurs qui ont cru bon de mettre en avant cette tendance. Nombre de collectionneurs restent au contraire très sensibles au caractère esthétique, et même décoratif, de leurs acquisitions.

* Adiaf et actualité du prix Marcel Duchamp : site adiaf.com

** Architectes : Lacaton et Vassal, prix Pritzker 2021

À voir absolument : De leur temps [7], Frac Grand large, Dunkerque, jusqu’au 23 avril 2023.