À quoi sert la commission des Trésors nationaux ?

La Commission des trésors nationaux réunit le gratin des conservateurs français et historiens de l’art. Son rôle est de proposer au ministre de la Culture le classement d’œuvres au titre de « trésor national ». Les objets ainsi qualifiés ne sont plus exportables durant 30 mois. Dans la majorité des cas, une acquisition intervient au profit des collections publiques.

Depuis 1993, la moitié des décisions concernent des peintures, sculptures et œuvres sur papier. Les gros contingents sont des pièces du XVIIe, du XVIIIe et du début du XIXe siècle, principalement françaises (un gros tiers des décisions). Le XXe est également bien traité en nombre (20 % des acquisitions), mais comporte presque uniquement des modernes, Picasso largement en tête. S’y ajoutent quelques œuvres de la Renaissance et beaucoup de primitifs, antiques et objets d’archéologie.

La seconde partie du XIXe est accaparée par l’impressionnisme et ses suites : Manet, Monet, Caillebotte, Degas, Gauguin, Toulouse-Lautrec, Cézanne… Aucun peintre académique, pompier, naturaliste, néobaroque ou symboliste n’est jamais considéré comme trésor national. La seule exception est une toile de James Tissot, au demeurant très médiocre. Récemment encore apparaît sur le marché La Jeunesse de Bacchus de Bouguereau, œuvre majeure d’un des artistes français principaux du XIXe siècle. L’illustre commission n’en délibère même pas. Le musée d’Orsay n’en veut pas non plus. Trop de conformisme nuit gravement à l’histoire de l’art.

William Bouguereau, La Jeunesse de Bacchus, 1884, huile sur toile, 331 × 610 cm, proposé chez Sotheby’s à New York en 2019

Article paru dans Artension, Mars 2021