Gustave Moreau _ La Tentation de Saint-Antoine,aquarelle, Paris, musée Gustave Moreau, Cat. 525 ©RMN-GP / René-Gabriel Ojéda

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Pierre Lamalattie

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Tout est dans Gustave Moreau, même l’abstraction

Tout est dans Gustave Moreau. C’est ce qu’on pourrait conclure en parcourant l’œuvre de ce peintre français hors norme de la seconde moitié du XIXe siècle.

Ébauche – sans date – huile sur toile – 27,7 × 22,3 cm © Franck Raux/Musée Gustave-Moreau/RMN-Grand Palais

Originaire d’une famille aisée, peu soucieux de vendre, il vit retiré en ermite dans sa maison-atelier du 9e arrondissement de Paris, transformée en musée à sa mort. Il y entasse l’essentiel de sa production, gardant le moindre bout de papier. Certaines œuvres s’avèrent proches de la peinture d’histoire, terme figurant sur sa carte de visite. D’autres relèvent du symbolisme le plus mystique. Nombre de compositions ont des allures de BD fantastique. Ici, on croit apercevoir des accents surréalistes. Là affleure l’abstraction lyrique. C’est ce dernier aspect qu’explore l’exposition actuelle.

Les pères de l’abstraction n’ont pas connaissance de Moreau avant les années 1950 à 1960. On ne peut donc pas parler d’influence. Cependant, certaines ébauches du maître paraissent parfaitement abstraites. Moreau travaille, en effet, en projetant des taches, qui progressivement lui suggèrent des choses, façon test de Rorschach. Ensuite, il précise sa vision avec une foultitude de détails. Delacroix ébauche aussi par taches. De même que Goya dans ses fameuses miniatures sur ivoire. On pourrait multiplier les exemples. La spécificité de Moreau est sans doute que toutes ses ébauches sont scrupuleusement conservées. On peut, grâce à cela, comprendre son processus créatif. Et mesurer à quel point le lyrisme abstrait des matières, loin de s’opposer à la figuration, en est souvent une composante essentielle.

Article paru dans Artension, Novembre 2018