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Pierre Lamalattie

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Chagrin d’amour ne dure qu’un jour…

Olivier Bardolle publie un nouvel essai consacré aux chagrins d’amour et à la littérature. Ce méchant petit livre dégage une bonne humeur communicative. Il éclaire avec un bel anachronisme les rapports hommes-femmes qui sont un écueil redoutable pour de nombreux artistes.

Maurice Ronet et Brigitte Bardot dans Don Juan de Roger Vadim, 1973

« Le plus beau compliment que je puisse faire à une femme est de lui dire : je suis aussi bien avec toi que si j’étais tout seul. » Le propos est de Jean Yanne. Des perles de cet acabit, Olivier Bardolle en a collecté des dizaines. Son dernier livre, Le Cynisme comme remède au chagrin d’amour, est un vrai régal.

Ce petit volume a le format et la concision d’un manuel, c’est-à-dire d’un ouvrage qu’on peut garder à portée de main pour y picorer à toute heure. Dans un premier temps, il nous fait partager ses observations et ses réflexions en matière d’amour. Ensuite, le plaisir se prolonge par une divagation dans l’histoire de la littérature et des bons mots. Il en résulte un florilège qui constitue la seconde partie du livre. Ce sont autant d’aphorismes étincelants et inattendus qui enrichissent le propos de l’essayiste. On peut dire que, tel le chercheur de champignons, Olivier Bardolle connaît d’excellents coins et qu’il y a ramassé pour nous de quoi faire une bonne petite omelette.

Le cynisme dont il est question n’a évidemment rien à voir avec cette insensibilité que désigne l’acception triviale du terme. Il s’agit plutôt, conformément à la tradition antique, d’un refus des bons sentiments et des hypocrisies ordinaires. De ce point de vue-là, l’amour, le sexe et les chagrins qui en découlent sont un vrai sac de nœuds. Olivier Bardolle a consciencieusement étudié le sujet.

Tantôt baladés par leur désir, tantôt à la recherche d’une maman providentielle, ces hommes courent d’illusions en désillusions.

On le sent, l’auteur a une affection particulière pour les humains de sexe masculin. Il faut dire qu’ils ne sont pas toujours très brillants de nos jours. Tantôt baladés par leur désir, tantôt à la recherche d’une maman providentielle, les hommes courent d’illusions en désillusions. Il vaudrait mieux, tout de même, qu’ils soient un peu « avertis ». Ils tireraient profit à anticiper le risque d’être « assez souvent faits comme des rats, à cause d’une histoire de sexe qui a mal tourné ». Ils devraient savoir que « les tribunaux sont encombrés d’histoires d’amour qui ont viré à l’aigre et se terminent sordidement à la calculette ». En cynique qui se respecte, l’auteur mobilise des métaphores canines : « Comme des chiens perdus qui cherchent un maître, le mariage répond à leurs attentes. Et le divorce, quelques années plus tard, les laisse désemparés, comme des chiens abandonnés. » Malheureusement, ils ne disposent d’aucune théorie renforçatrice pouvant se mesurer au féminisme. Les pauvrets ne font que subir passivement l’érosion de leur ancienne position dominante. Ils sont nombreux à être en plein flottement, voire tout à fait mous et défaits. Olivier Bardolle aimerait les aider à reprendre un peu du poil de la bête.

Pour dépasser cet état de servitude et d’impréparation, il a des idées, d’ailleurs valables pour les deux sexes. Tout d’abord, il convient de « toujours garder à l’esprit que l’être humain est mû par le désir et que, sans lui, il s’effondre, s’étiole, dépérit et meurt sans avoir vécu ». « Et puis la séduction (…) vous incite, en tant qu’esthétique comportementale, à être au sommet de vous-même et de votre vitalité. »

Le désir étant préservé, il convient de s’efforcer à plus de lucidité et à davantage de liberté. La direction est, au fond, assez simple. Mais le cheminement ne peut être authentique que s’il est personnel. C’est pourquoi Olivier Bardolle ne nous accable pas de conseils. Il préfère nous faire partager son goût de vivre et nous insuffler du courage et de la fermeté.

Arrivé au terme de l’ouvrage, je me suis dit qu’il avait été écrit spécialement pour un cas comme le mien. Beaucoup d’autres que moi se feront la même remarque. Ce livre rend léger.

À lire absolument : Le Cynisme comme remède au chagrin d’amour, d’Olivier Bardolle, L’Éditeur

Article paru dans Causeur, Mai 2015