Dorothea Lange, Ancienne esclave à la longue mémoire (détail) , Alabama, 1938 © The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California

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Pierre Lamalattie

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Dorothea Lange: quand la photo raconte la vie des hommes

Son père est parti. Dorothea Lange a suivi sa mère dans un quartier pauvre de San Francisco. À 7 ans, la polio la frappe, mais les séquelles en sont limitées. Sa chance réside peut-être dans le fait que sa grand-mère alcoolique fréquente les musées…

Famille sur la route, Oklahoma, Dorothea Lange, 1938, photographie © D. Lange Collection / Oakland Museum
of California

La jeune fille l’y accompagne et s’imprègne de peinture réaliste et naturaliste. Poussée par une sorte de sentiment pictorialiste, elle devient photographe. Elle ouvre un studio de portraits. Son premier mari, peintre figuratif, la fait évoluer dans des milieux d’artistes. Cependant, elle s’ennuie à portraiturer la gentry. Sur un coup de tête, elle sort de sa boutique et photographie la misère dans la rue. Dorothea Lange (1895-1965) entame ainsi sa longue carrière.

Les questions sociales la passionnent. Elle épouse en secondes noces un économiste social. Elle pense que montrer les effets de l’injustice peut contribuer à susciter des réformes. C’est aussi l’idée de l’administration Roosevelt. On lui commande, ainsi qu’à une douzaine d’autres photographes, des campagnes de prises de vue. L’objectif est de faire prendre conscience aux Américains de la situation réelle de leur pays. Dorothea Lange s’applique à montrer les conséquences de la grande dépression, les migrations internes, la misère ordinaire des gens jetés sur les routes.

Sa facture est rigoureuse, ses cadrages ajustés, ses éclairages sculpturaux. Chacun de ses clichés est accompagné d’un texte permettant de comprendre de quoi il s’agit. Dorothea Lange développe un art extraordinairement tourné vers le monde, à une époque où beaucoup de plasticiens cherchent plutôt à s’en abstraire.

D. Lange au Texas sur les Plaines, Paul S. Taylor, vers 1935 – photographie © D. Lange Collection / Oakland, Museum of California

Article paru dans Artension, Janvier-Février 2019