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Pierre Lamalattie

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Jules Adler, peintre du XXe siècle

Le musée du Judaïsme consacre une rétrospective à Jules Adler (1855- 1950). Ce peintre naturaliste d’origine juive a immortalisé la vie populaire des ouvriers et des vagabonds sans cesser de défendre la République. Y compris sous Vichy.

Le Philosophe, 1910, Huile sur toile, Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
© Roger Viollet © ADAGP, Paris 2019

Le parcours de Jules Adler est typique des artistes promus par la méritocratie de la IIIe République. Il naît en 1855 dans une famille modeste. Ses parents sont de petits commerçants juifs alsaciens établis en Champagne, puis à Paris. Il est encouragé, suit des études techniques de dessin, réussit, est encore encouragé et, de fil en aiguille, intègre les Beaux-Arts. Ses toiles sont assez vite remarquées au Salon.

Les historiens de l’art présentent invariablement la période où Jules Adler a vécu (la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle) comme une suite de « -ismes » qui, tels d’aimables wagonnets, avancent à la queue leu leu sur les rails de la modernité. Aucune chance d’y trouver Jules Adler, puissant peintre naturaliste mort en 1950. C’est ce qui fait tout l’intérêt de la rétrospective.

Sa manière allie une efficacité des compositions à une belle picturalité, parfois haute en pâte et enrichie d’emprunts au pointillisme. Ses sujets traduisent une compréhension de la vie populaire, avec ses joies, ses souffrances et ses luttes. Il est un naturaliste passionné par Émile Zola et Constantin Meunier (peintre et sculpteur belge). À l’heure où les impressionnistes et leurs émules continuent de peindre d’iréniques scènes de pique-nique et de canotage, il brosse puissamment des ouvriers et des vagabonds, des usines et des grèves.

Adler est un fervent républicain. Il croit à la science et au progrès. Durant l’affaire Dreyfus, son atelier, situé vers la République, est un point de ralliement des dreyfusards. Il subit de virulentes attaques en raison de son engagement et de son origine juive. Pendant la guerre 1914-1918, il ouvre avec sa femme une cantine pour artistes nécessiteux. Sous Vichy, il est mortifié d’être exclu de toutes les institutions artistiques auxquelles il participe. Finalement, il est même interné. Il ne baisse pas les bras, bien au contraire. Il en profite pour créer un cycle d’une centaine de dessins qui seront, en 1948, l’occasion d’une exposition consacrée à son « arrestation par les Boches  ». Un grand monsieur.

La Grève au Creusot, 1899, Huile sur toile, Pau, musée des Beaux-Arts © ADAGP, Paris 2019

Article paru dans Causeur, Janvier 2020