Auteur

Pierre Lamalattie

Catégorie(s)

Index

Navigation

Date de publication

Contresens et pétitions sur les chênes de Notre-Dame

L’abattage des chênes nécessaires à la nouvelle charpente de Notre-Dame a débuté. Une pétition a aussitôt été lancée pour s’y opposer. Plus de 40 000 signataires à ce jour y voient un « écocide ». Certes, il aurait été préférable d’utiliser d’autres matériaux pour éviter de futurs incendies. La charte de Venise l’aurait permis, l’important étant la fidélité artistique. Cependant, parler d’écocide est tout simplement une grossière ânerie : s’il est un argument en faveur d’une charpente en bois, c’est justement l’écologie. En effet, on peut imaginer que les signataires, de sensibilité écologique, sont les premiers à vouloir contenir la progression du taux de CO2 dans l’atmosphère. Or quelle est la façon principale de retirer du CO2 de l’air, la seule en pratique ? C’est la photosynthèse. Les végétaux absorbent du CO2 , le débarrassent de l’oxygène (réduction) et en font de la matière organique. Une population végétale en croissance est donc une sorte de pompe à carbone. Le problème est que dès que l’équilibre est atteint, il n’y a plus de formation de matière organique supplémentaire et il se produit donc un arrêt de l’absorption nette de CO2 . Aucune forêt en équilibre, pas même la forêt amazonienne, n’absorbe de CO2 . Si on coupe des chênes pour la cathédrale ou n’importe quel autre usage dans le bâtiment ou l’ameublement, on séquestre du carbone. Dans le même temps, d’autres arbres ou d’autres végétaux vont recommencer, au même endroit, à pomper du carbone. En résumé, les écolos devraient applaudir. Autre question : manque-ton de forêts en France ? Non, on en a trop (chose peu connue en ville) ! La forêt ne cesse de progresser depuis des décennies, asphyxiant le milieu rural et préparant des catastrophes (incendies géants, épizooties massives, etc.). Les chênes en question sont-ils « naturels » ? Non plus ! Du semis à l’abattage, ils ont été suivis, éclaircis et entretenus pour produire, non des formations branchues peu utilisables, mais de hauts fûts réguliers. Cela s’appelle la sylviculture.

© WPA POOL / Getty Images via AFP – Pascal Lemaitre/Leemage

Article paru dans Artension, Mai 2021