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Pierre Lamalattie

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Grincheux, lisez Bardolle !

En le lisant, j’ai eu l’impression que ce texte avait été écrit spécialement pour moi qui souffre de râlerie chronique. Je parle du dernier essai signé par Olivier Bardolle et intitulé De la joie de vivre par temps hostiles. Pourtant, il n’y a pas de doute, le livre est dédié à une certaine Pauline qui n’a rien d’atrabilaire. Le texte commence par une confession au sujet des relations de l’auteur avec cette jeune femme. Ils se sont quittés, voilà le problème, et pourtant ils s’aimaient. J’ajouterai, moi qui les ai connus, qu’ils formaient un duo plein d’allant et de panache qui était une vraie publicité pour la notion de couple. C’est toujours bien, pour réfléchir, de démarrer par un cas concret.

Ce que se reproche Olivier Bardolle, c’est un tropisme excessif vers la lucidité, autrement dit vers le pessimisme. Il a trop lu Cioran et quelques autres. En un sens, c’est agréable de râler, de chercher à avoir raison et de regretter le bon vieux temps. On peut dire que c’est une activité paisible. Je la pratique d’ailleurs moi-même avec assiduité, parfois en picolant. On y prend goût. Mais, à la longue, les toxines s’accumulent. Ce n’est bon ni pour soi-même ni pour son entourage. Et puis, surtout, c’est souvent faux. Le bon vieux temps est comme ces piquettes oubliées en cave qu’on voudrait faire passer pour de grands crus. Ainsi, les fameuses Trente Glorieuses, qu’on ne cesse de vanter, ont été, en réalité, mortellement ennuyeuses et très laides. C’était une époque où « les roulettes [des dentistes] tournaient trop lentement et leur son résonnait longtemps dans les crânes ». Ce détail à lui seul suffirait à me convaincre, moi qui ai tant poireauté dans des salles d’attente où l’unique palliatif à la terreur était des reproductions d’artistes aussi médiocres que Toffoli ou Vasarely. Olivier Bardolle fait un tour d’horizon de cette période et il remet bien les choses en place.

Ensuite, il nous emmène faire une promenade de fantaisie au pays des inventions pressenties pour l’avenir. Certaines de ces améliorations auront peut-être le destin du camembert en tube alors que d’autres, au contraire, bonifieront irréversiblement nos vies. Difficile de le savoir à l’avance. L’important est de faire preuve de bonne volonté. Et Olivier Bardolle en a à revendre, de la bonne volonté. Ça fait du bien.

Article paru dans Causeur, Juillet 2014