Gros Temps au large, matelots d’Étaples, 1913, huile sur toile, Petit Palais, Paris © Roger Violle

Auteur

Pierre Lamalattie

Catégorie(s)

Index

Navigation

Date de publication

Jules Adler, peintre sensible à son temps

Les historiens de l’art présentent invariablement la première moitié du XXe  siècle comme une suite de « ismes » qui, tels d’aimables wagonnets, avancent à la queue leu leu sur les rails de la modernité. Aucune chance d’y trouver Jules Adler, puissant peintre naturaliste mort en 1950. Il faut être reconnaissant à La Piscine de Roubaix, puis au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme parisien, de nous offrir une rétrospective de cet artiste.

Gros Temps au large, matelots d’Étaples, 1913, huile sur toile, Petit Palais, Paris © Roger Violle

Le parcours de Jules Adler est typique des artistes promus par la méritocratie de la IIIe  République. Il naît en 1855 dans une famille modeste. Ses parents sont de petits commerçants juifs alsaciens établis en Champagne, puis à Paris. Il est encouragé, suit des études techniques de dessin, réussit, est encore encouragé et, de fil en aiguille, intègre les Beaux-Arts. Ses toiles sont assez vite remarquées au Salon. Il ne faudrait pas en déduire (comme on serait prompt à le faire de nos jours) qu’il est pour autant un cuistre rétrograde. C’est tout le contraire. D’abord, sa manière allie une efficacité des compositions à une belle picturalité, parfois haute en pâte et enrichie d’emprunts au pointillisme. Ensuite, et c’est l’essentiel, ses sujets traduisent un vif intérêt pour la vie populaire, ses joies, ses souffrances et ses luttes. Il est un naturaliste passionné par Émile Zola et Constantin Meunier (peintre et sculpteur belge). À l’heure où les impressionnistes et leurs émules continuent à peindre d’iréniques scènes de pique-nique et de canotage, il brosse des ouvriers et des vagabonds, des usines et des grèves.

Adler est un fervent républicain. Il croit à la science et au progrès. Durant l’affaire Dreyfus, son atelier, situé vers la République, est le point de ralliement des dreyfusards. Il subit de virulentes attaques contre son engagement et son origine juive. Pendant la période 1914-1918, il ouvre avec sa femme une cantine pour artistes nécessiteux. Avec le régime de Vichy, il est mortifié d’être exclu de toutes les institutions artistiques auxquelles il participe. Finalement, il est même interné. Il en profite pour faire un cycle d’une centaine de dessins qui seront, en 1948, l’occasion d’une exposition consacrée à son « arrestation par les Boches ». Preuve, s’il en était besoin, que le naturalisme est une chose qui ne s’achève jamais…

La Grève au Creusot, Jules Adler, 1899. © ADAGP, Paris 2019

Article paru dans Artension, Décembre 2019