Hylas et les nymphes, 1896, huile sur toile, 98,2 × 163,3 cm, Manchester Art Gallery

Des idiotes utiles font redécouvrir Waterhouse


Les féministes en font beaucoup pour faire redécouvrir au public la force évocatrice de la peinture figurative. Après la diabolisation de Balthus, Egon Schiele et Gustave Courbet, le mauvais œil s’est porté sur John William Waterhouse (1849-1917). Souvent qualifié à tort de préraphaélite, ce peintre victorien a une facture éblouissante qui en fait indiscutablement l’un des artistes les plus brillants de son temps. Mais il a consacré son talent à des bluettes sucrées qui peinent souvent à retenir l’attention du public. L’une d’entre elles, Hylas et les Nymphes, dormait dans un musée à Manchester. On y voit un homme qui entre dans un étang où barbotent sept jeunes rousses nues parmi les nénuphars. Au milieu de tant de jolis nénés, le héros ne sait où donner du regard. Shocking!

Hylas et les nymphes, 1896, huile sur toile, 98,2 × 163,3 cm, Manchester Art Gallery

L’une des responsables du musée, Clare Gannaway, ne rigolant pas avec ce genre de choses, a décidé d’employer les grands moyens aux côtés d’une certaine Sonia Boyce, artiste contemporaine féministe spécialiste des «actions performatives spontanées». Les deux femmes font décrocher le tableau pour lui substituer un texte militant fustigeant le fantasme sexiste de Waterhouse. «Remettons en cause ce fantasme victorien! Ce musée n’échappe pas à un monde traversé par les questions de genre, de race, de sexualité et de classe qui nous affectent tous!»

Comme les deux larronnes ne reculent devant aucune audace, les visiteurs sont invités à inscrire leurs commentaires sur des Post-it. Ces petits carrés de papier collés à même le mur, à l’emplacement de la peinture censurée, ne dispensent pas les internautes indignés de participer au procès public sur la Toile. Dans la foulée, la boutique du musée cesse de vendre des reproductions de l’œuvre. Comble d’ironie, une vidéo du décrochage est présentée comme une «intervention», c’est-à-dire une œuvre d’art à part entière, au sens de l’art contemporain.

Hylas et les nymphes, Francesco Furini (1604-1646)1635, huile sur toile, 230 x 261 cm, Florence, Palazzo Pitti

Peu importe le contresens total des censeures. Selon le mythe grec, Hylas est le jeune amant d’Héraclès et il s’est éloigné de ses compagnons argonautes pour aller chercher de l’eau. Les nymphes de cet endroit le trouvent beau, veulent le garder pour elles et l’entraînent sous les eaux pour en faire leur joujou. Il n’en reviendra jamais. Le thème de la peinture n’est donc pas la femme-objet, mais plutôt l’homme-objet.

Sentant l’entourloupe, une bonne partie du public a protesté contre la censure… et obtenu gain de cause, car la composition a retrouvé ses cimaises. Entre-temps, des internautes du monde entier ont pu la découvrir et, sans doute, l’apprécier. Merci patronnes!

J’ai fait un skype avec mon psy pour lui montrer que j’étais réellement figurant dans “Hylas et les Nymphes”, Pierre Lamalattie, acrylique, huile et matériaux, 146 x 114 cm

Article paru dans Causeur, Mars 2018